Le débardeur : ringard ou bien sapé ?

Très connoté au grand jour, le port du marcel est aujourd'hui presque exclusivement réservé à la maison. Pourtant, le débardeur n'a pas toujours été un banal tricot de corps ou un pyjama...
Le marcel fait-il too much ?

Par Elyes Khouaja , 16 mars 2016

Que l'on soit, d'emblée, clair : vous ne porterez jamais un marcel ou un débardeur pour aller flâner en ville. C'est disgracieux, et l'on vous cataloguera très vite comme un "kékos". Quand bien même vous avez passé le printemps à faire de la barre ou que vous vouliez dévoiler au grand jour l'ancre marine et le coeur sanglant fraîchement gravés sur votre biceps.

Le marcel, une spécialité parisienne

Mais le marcel n'a pas toujours été ce top banni de la place publique. Il fut même, un temps, véritable catalyseur de sex appeal. La légende voudrait, justement, que le haut sans manches soit né au 19e siècle, en plein coeur du marché des Halles à Paris, où une poignée d'ouvriers manutentionnaires aurait eu la brillante idée d'ôter les manches de leurs tricots de corps pour faciliter leur besogne, épaules et gros bras saillants attirant alors les regards curieux mais aussi aguichés des passantes.

Séduite et inspirée, l'enseigne Marcel – eh oui ! – reprendra le concept à la fin du même siècle pour éditer le premier débardeur pour homme et en assurer la production en série. D'abord cantonné au milieu ouvrier, le marcel gagnera les rangs de l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale, avant de devenir un objet de mode à part entière. Il connaîtra alors son quart de siècle de gloire, virilisé – vulgarisé même – par les mâles du grand écran, Paul Newman dans Les Feus de l'été, Marlon Brando dans Un Tramway nommé Désir, Bruce Willis dans Piège de Cristal ou encore Gérard Depardieu dans Les Valseuses pour les plus notables.

En haut de plage à la rigueur...

En haut de plage à la rigueur...

Tricot de corps, vêtement de sport ou pyjama ?

Une postérité quelque peu révolue. Oui, le marcel a intégré, aujourd'hui et depuis une vingtaine d'années, la sphère privée, retrouvant sa fonction originelle : celle du tricot de corps que l'on enfile sous sa chemise ou son bleu de travail pour affuter la silhouette, ou pour "amortir" sa transpiration. Néanmoins, sa commodité lui autorise parfois, quelques dépassements de fonction.

Si vous êtes un habitué de la salle de sport, par exemple, vous avez sans doute déjà croisé – il y en a toujours un – le bodybuilder de service, celui qui s'évertue à dévoiler ces biscottos nerveux sous son débardeur délibérément humecté. Il peut aussi muer en habit de travail, l'exemple le plus éloquent étant celui du plombier polonais, au marcel légèrement goudronnée. Et puis il y a le débardeur-pyjama, celui que vous enfilez tous les soirs d'été avec votre vieux slip ou caleçon avant de vous lover sous la couette...

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